Une culture spécifique

Parler de la CULTURE d'un groupe est toujours très risqué : risque d'erreur, d'approximation, voire de caricature.

Le Voyage dans la tête

Le premier aspect, le plus évident, c'est précisement le «voyage». Ils ont, de fait, le voyage dans la peau, même lorsqu'ils ne peuvent se déplacer. Ce goût pour le voyage est révélateur de la liberté à laquelle ils sont très attachés ; liberté que, par ailleurs, ils paient très cher.

Primauté du groupe et de la famille

Le voyage ne se vit pas de manière individuelle et personnelle, c'est toute la famille qui se déplace et va de campement en campement. En effet, la famille, au sens large du terme, passe avant tout, et cela crée des solidarités très fortes : on ne touche pas à quelqu'un de son clan. Cette solidarité a ses propres limites, car elle peut à son tour engendrer des rivalités profondes et durables, des haines insurmontables. Cette société familiale est un monde hiérarchisé avec une place tout à fait prépondérante accordée au chef de famille.

Les enfants sont «sacrés». Souvent, ils ont une intelligence très vive et une réponse rapide. Dès leur jeune âge, ils sont habitués à se défendre contre de nombreuses agressions. Ils doivent devenir adultes et responsables très vite. Ils se marient selon leur droit coutumier, souvent très jeunes (16 ans pour les filles, 18 pour les garçons).

La maladie, la mort et le deuil prennent une place considérable dans la vie des individus et surtout du groupe. Ce sont des moments de grande souffrance, mais aussi de cohésion familiale très forte. On peut voir des gestes déroutants pour nous, comme brûler la caravane du défunt ou revendre le terrain.

# Posté le vendredi 13 janvier 2006 08:35

Des communautés profondément religieuses

La religion tient une place très importante dans la vie des voyageurs. Leur «culture du voyage» fait qu'ils se retrouvent bien dans la démarche du pèlerinage : Lourdes et les Saintes Maries de la Mer pour les catholiques, les conventions de l'église évangélique Tsigane pour d'autres. Ces grands rassemblements sont des moments d'une grande intensité, ressentis et exprimés avec des gestes concrets qui s'adressent au coeur et aux sens : allumer des cierges, offrir un manteau aux Saintes, les toucher, prier avec tout son corps...

Bien des jeunes ne suivent pas le catéchisme. Mais il y a des demandes de baptême, souvent de plusieurs enfants à la fois, qui sont une des occasions de contact avec le «Rachail» (le prêtre).

Au quotidien, la pratique religieuse est rendue difficile par le manque d'accueil dans nos communautés. Si cette dimension religieuse n'est pas prise au sérieux ni en compte par les Eglises chrétiennes, le risque est grand que des sectes se développent.

# Posté le vendredi 13 janvier 2006 08:38

Le travail n'est pas une fin en soi

Les Voyageurs regardent volontiers la vie comme un cadeau du ciel qu'ils reçoivent au jour le jour sans se préoccuper du lendemain. S'ils savent peiner pour gagner leur vie, ce n'est jamais une fin en soi, mais seulement un moyen de satisfaire d'autres besoins plus fondamentaux : vivre en famille et profiter de la vie qui leur est donnée.
«Le travail ne doit pas nous empêcher d'être père de famille, d'être présent à notre famille. Un malade, un défunt dans la famille, on quitte tout pour aller l'entourer. C'est normal.»
Comme le reste de la vie du Voyageur, où la convivialité tient une grande place, son travail est très lié à la rencontre de l'autre. C'est ainsi que la «chine» se situe dans un jeu de relations, même éphémères, à établir avec les «gadjé» : la recherche du client qui accepterait d'acheter l'objet qu'on veut lui vendre ou de céder celui qu'on souhaite récupérer. Il s'agit de saisir les opportunités en fonction d'une demande locale en misant sur la chance plus que sur le savoir-faire et en se réjouissant de cette chance rencontrée plus que du gain obtenu. Ce désir de rencontre de l'autre culmine en quelque sorte dans la lecture des lignes de la main où la recherche d'un gain s'accompagne d'un souci constant de l'interlocuteur. Ceci se manifeste par la nature du message délivré, toujours empreint d'espérance et de réconfort.
«Fin août, début septembre 1990, un homme gitan faisait du porte à porte pour vendre du linge. Je lui ai dit que je n'avais besoin de rien, il est parti.
Nous avons un noisetier dont les fruits tombent sur la place publique. Cette personne est revenue me demander si elle pouvait ramasser des noisettes, évidemment, je le lui ai permis. Il est ensuite venu me remercier en m'offrant 6 torchons, en me disant tout le plaisir qu'il avait fait à ses enfants en rapportant les noisettes. Je ne voulais pas accepter les torchons, mais devant son insistance je les ai gardés. J'ai été très surprise de ce geste car, souvent, ce sont plutôt des plaintes que ces gens là amènent quand ils passent dans une commune».
A noter toutefois, que les activités traditionnelles sont de plus en plus érodées par nos habitudes actuelles et règlementées par nos lois sur l'artisanat, la vente à domicile... et l'urbanisme. Tout cela contribue à dégrader encore des conditions de travail dejà précaires. Au delà des difficultés économiques, il s'agit d'un conflit entre deux types de culture : nomade/sédentaire, polyvalent/spécialisé.
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# Posté le vendredi 13 janvier 2006 08:39

Modifié le mercredi 22 février 2006 14:12

Le droit à la différence

Après des siècles de rejet et de surveillance policière, après des décennies de tentatives «d'assimilation» et de «sédentarisation», une nouvelle politique paraît se dessiner, qui considère les voyageurs comme des citoyens à part entière.
Des organisations internationales (le Conseil de l'Europe, l'UNESCO...) prônent la reconnaissance et la protection des minorités culturelles ainsi que le respect des droits de tout homme.
Les groupes ethniques, victimes de la discrimination sous une forme ou une autre, sont parfois acceptés ou tolérés par les groupes dominants à condition de renoncer à leur identité culturelle. Il convient de souligner la nécessité d'encourager ces groupes ethniques à conserver leurs valeurs culturelles, ils seront ainsi mieux en mesure de contribuer à enrichir la culture totale de l'humanité.
(Art. 18 des statuts de l'UNESCO)
Tuer le nomade c'est tuer la part de rêve où toute société va puiser son besoin de renouveau.
(Proverbe Tzigane)
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# Posté le vendredi 13 janvier 2006 09:00

Le droit de circuler librement

Le droit de circuler librement
Fondamental pour nous tous, ce droit n'est pas reconnu aux gens du voyage, même de nationalité française. Leur mode de vie étant toujours considéré comme suspect, ils restent constamment surveillés. Si le carnet anthropométrique à connotation raciste qui existait depuis 1912 a été supprimé en 1969, il reste un carnet de circulation qui doit être régulièrement vise par un commissaire de police ou un commandant de gendarmerie. Ne pas posséder ce papier, ne pas l'avoir fait viser ou simplement être en retard pour le présenter à la police ou à la gendarmerie constitue une contravention. Pour autant, le document n'a pas la valeur d'une carte d'identité et ne permet pas de sortir de France. Même pour aller dans un autre pays de l'Union européenne, les gens du voyage doivent obtenir un passeport.

Une commune de rattachement est obligatoire. Elle permet l'inscription sur les listes électorales ou à la sécurité sociale, les déclarations d'impôt, le recensement, le mariage. Mais les Gens du Voyage en changent souvent et ce rattachement reste dans la plupart des cas fictif. En pratique 75 % d'entre eux sont privés du droit de vote.

# Posté le vendredi 13 janvier 2006 09:01

Modifié le mercredi 22 février 2006 14:10